Eau

L'eau sous pression : objectif sobriété pour les entreprises

Sous l’effet du dérèglement climatique et d’une ressource moins disponible, les entreprises vont devoir s’adapter au manque d’eau. Entre nouvelles pratiques, solutions techniques et financements accessibles, les leviers sont multiples pour une gestion durable et responsable de « l’or bleu ». Conseils et témoignages.

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L'eau sous pression, s'adapter au manque d'eau

L'eau sous pression, s'adapter au manque d'eau

©Adobe Stock

Tout semblait si normal... Comme l’eau qui coule quand la main desserre le robinet. Mais en quelques années, ce qui était normal ne l’est plus. Nous voici habitués aux étés caniculaires, aux records de températures, au manque d’eau dans les cultures et aux camions-citernes dans certains territoires. On la croyait inépuisable, l’eau est devenue une ressource précieuse. L’année 2022 a été la plus chaude jamais mesurée en France et classée au second rang des années les moins arrosées depuis le début des mesures en 1959. Avec l’enchaînement des sécheresses, les experts de l’agence de l’eau Rhin-Meuse constatent des problèmes de plus en plus marqués depuis cinq ans, de la baisse de 30 % des débits d’étiage des cours d’eau dans le massif vosgien au tirant d’eau trop faible sur le Rhin qui limite la navigation à pleine charge. Alors que faire pour préserver cet « or bleu » tout au long de l’année ? Comment gérer ce bien commun de façon juste et équitable, tout en faisant face aux pénuries de plus en plus fréquentes ? Dans les entreprises, grosses consommatrices d’eau pour leurs usages collectifs, leurs process, le nettoyage des équipements et des bâtiments, l’heure est à la sobriété. Une gestion durable et responsable de l’eau passe d’abord par un suivi des consommations et des factures. En installant, par exemple, des sous-compteurs d’eau, vous pouvez mesurer vos besoins dans les différentes phases de votre cycle de production. Vous pouvez aussi fixer un indicateur de performance pour optimiser l’eau consommée.

La sobriété est collective

La maîtrise de la consommation repose également sur le suivi des factures. Nombre de chefs d’entreprise n’analysent pas avec régularité leur consommation hydrique. Suivre régulièrement ses factures d’eau permet pourtant de détecter des hausses de consommation inexpliquées. Vous pouvez aussi définir des ratios de consommation d’eau par quantité de produit fini, entre l’eau consommée et l’eau rejetée. Place également aux dispositifs simples et peu coûteux pour réduire sa consommation : mousseurs, réducteurs de débit sur les robinets, douchettes économiques, pistolets sur les jets d’eau, chasses d’eau double débit à réservoir limité dans les toilettes. Il est aussi possible d’installer des réducteurs de pression sur le réseau principal afin d’ajuster la puissance de l’eau distribuée sur les points concernés. «Une stratégie de gestion de l’eau est indispensable» L'EXPERTE Sandrine Arbillot Chargée d’interventions spécialisée à l’agence de l’eau Rhin-Meuse Cette optimisation de la pression doit se décider au cas par cas en fonction des différents usages - processus de production, nettoyage, sanitaires - sans toutefois perturber l’activité en raison d’une puissance de l’eau insuffisante. Anticiper des mesures restrictives dans le cadre du plan de continuité d’activité, sensibiliser personnels et clients pour une sobriété collective font également partie de la stratégie d’économies. La gestion de l’eau est depuis 2022 un critère de classement des établissements hôteliers qui vise à répondre aux nouvelles attentes des clients en matière environnementale.

Recycler davantage

Autre piste d’économies : la lutte contre le gaspillage. Il s’agit d’abord de repérer les pertes d’eau dans l’entreprise, en analysant notamment son circuit d’eau. Cela nécessite de cartographier le réseau de circulation de l’eau, d’étudier les postes de consommation et les usages dans l’entreprise. Vous pouvez ensuite identifier les consommations hydriques inhabituelles. Astuce pour cela : relever le niveau du compteur d’eau avant la fermeture du site en fin de semaine et le lundi avant la reprise de l’activité. Une augmentation du chiffre peut être le signe d’une fuite. En France, 20 % de l’eau potable est perdue en raison de fuites sur le réseau de distribution, soit un milliard de m3 par an. Enfin, l’avenir est à la réutilisation de l’eau. Au-delà de la récupération des eaux de pluie, le recyclage des eaux usées commence à s’imposer en France. Des techniques de traitement et de filtration permettent de les réutiliser dans l’entreprise. Par exemple, l’eau de rinçage des cuves peut servir à fabriquer du béton. Les eaux de process, après traitement, peuvent être réutilisées pour le nettoyage dans l’industrie ou l’arrosage d’espaces verts dans les collectivités. Les stations de lavage sont en première ligne, à l’image de Messinger Paysages à Roppentzwiller qui affiche ses engagements vertueux. « Nous avons décidé de nous orienter vers toutes les techniques actuellement disponibles afin de collecter les eaux de pluie des toitures et de recycler l’eau, expliquent les dirigeants Fabrice et Dimitri Messinger. Nous récupérons également les eaux de ruissellement des parkings pour les restituer dans les nappes souterraines via des noues végétalisées. Dès la conception des ouvrages, nous avons prévu des réserves enterrées de gros volumes. Ces projets novateurs, qui impliquent des travaux de génie civil assez conséquents, peuvent être subventionnés par l’agence de l’eau. Nul doute que ces investissements, dans le contexte de changement climatique qui s’accentue, vont se développer dans l’industrie. » Quand l’eau ne coule plus de source, de nouvelles pratiques, de nouveaux modèles émergent. Les entreprises y prennent toute leur part.

En chiffre

4 € C’est le prix moyen du m3 d’eau : deux euros sont consacrés au financement de la distribution d’eau potable, deux euros pour l’assainissement des eaux usées. En France, la distribution d’eau potable et l’exploitation des services d’assainissement collectif représentent un coût annuel de 13 milliards d’euros.

L’OFFRE CCI POUR Y VOIR PLUS CLAIR

Quel est le contexte réglementaire? Mon entreprise est-elle en conformité? Comment réduire mes consommations et mon impact environnemental? Autant de questions pour un chef d’entreprise. Les équipes de la CCI Alsace Eurométropole proposent une évaluation des pratiques et vérifient leur conformité réglementaire via une visite de l’entreprise, un état des lieux des installations et des situations à risques. À la clé, un rapport de diagnostic et le cas échéant des préconisations, un plan d’action chiffré, ainsi qu’une assistance au montage d’un dossier de financement. Le coût de la prestation - 1200 euros HT - est intégralement pris en charge par l’agence de l’eau Rhin-Meuse. « Face à un contexte réglementaire parfois complexe, le diagnostic fournit au dirigeant une vision claire de la situation, des axes de progrès et des étapes associées, appuie Christophe Beurné, conseiller développement durable à la CCI Alsace. La démarche est bénéfique à trois niveaux: l’assurance d’être en conformité, la traduction d’un engagement environnemental et un atout pour être éligible aux aides régionales. »

Contact : Direction Mutation des entreprises, Information et Marketing – Pôle Développement Durable
Christophe Beurné 06 84 93 33 56 • c.beurne@alsace.cci.fr

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Publié le 23 juill. 2024