Nouvelles mobilités

Thierry Tournier, président du Pôle Véhicule du Futur

À la tête du Pôle Véhicule du Futur, Thierry Tournier anime un réseau de 500 acteurs engagés dans la transformation des mobilités. Décarbonation, innovation, hydrogène, électrique, infrastructures, compétences… Il nous livre sa vision des mobilités de demain.

Lecture 3 min.

Thierry Tournier, président du Pôle Véhicule du Futur

Thierry Tournier, président du Pôle Véhicule du Futur

Bartosch Salmanski

Quels sont les axes de travail du Pôle Véhicule du Futur?

L’innovation est l’ADN de l’association Pôle Véhicule du Futur labellisée Pôle de Compétitivité par l’État. Et dans ce domaine, notre mobilisation est totale autour de la décarbonation des mobilités. Les ruptures technologiques concernant la propulsion, les équipements, les matériaux, l’énergie et les carburants justifient cet engagement afin de concevoir une nouvelle génération de véhicules porteurs de ces innovations. C’est tout le sens des travaux du Pôle Véhicule du Futur qui réunit le monde de la recherche, de l’enseignement et de l’industrie. Au total, ce sont près de 500 acteurs qui oeuvrent ensemble pour développer la mobilité de demain. En tant que président, j’y apporte mon expérience en innovation acquise au sein d’un grand groupe engagé dans la transformation de la mobilité ferroviaire.

Quelles sont ces innovations qui peuvent révolutionner la mobilité?

Il faut d’abord souligner que l’innovation est systémique et porte sur l’ensemble de la chaîne de valeur intégrant à la fois les véhicules et leur environnement. On ne parle pas seulement des véhicules mais aussi des infrastructures de recharge, de production et de distribution de l’énergie. Il s’agit aussi d’adapter les compétences aux objectifs de décarbonation, aux transformations industrielles et à la digitalisation face aux enjeux de la data et de l’intelligence artificielle. L’un des principaux enjeux d’aujourd’hui et demain, c’est la mobilité à hydrogène. Cette filière émergente n’est plus un sujet de laboratoire. Elle s’illustre sur la route, le rail, l’eau et dans les airs. L’hydrogène mobilise plus de 170 acteurs au sein du Pôle Véhicule du Futur qui s’appuie aussi sur les compétences présentes dans le Grand Est, un territoire d’excellence pour la recherche et l’industrie.

Ce qui est prometteur dans une perspective de décarbonation, c’est la complémentarité entre l’électrique et l’hydrogène.
Thierry Tournier

En quoi est-ce une filière prometteuse?

Cette énergie, présentée comme le carburant de demain, est non polluante et nous affranchit de la problématique des batteries. Elle est particulièrement adaptée aux véhicules lourds et aux usages intensifs comme les bus et les camions. La capacité d’autonomie est plus importante que l’électrique et le temps de recharge plus rapide. Ce qui est prometteur dans une perspective de décarbonation, c’est la complémentarité entre l’électrique et l’hydrogène. Notre travail est d’accompagner les projets sur toute la chaîne de valeur et d’accélérer le déploiement à grande échelle de la mobilité à hydrogène.

La fin programmée des moteurs thermiques fait débat. Quelle est votre analyse ?

Au-delà des trajectoires et des directives européennes, il est essentiel de ne pas freiner l’innovation. L’interdiction des véhicules thermiques d’ici 2035 est contraire à notre ADN qu’est l’innovation. Nous devons à l’inverse travailler sur les évolutions de toutes les technologies et du moteur à combustion pour réduire ses émissions. Technologiquement, c’est possible. La vision « zéro émission » n’est pas réaliste et nous alertons les élus sur cette perspective. Plus généralement, la filière automobile doit intégrer l’inéluctable baisse des volumes de ventes face aux nouveaux comportements en matière de mobilité. Nous allons vers un recul global du nombre de véhicules produits. Dans un contexte de transition écologique, qu’il s’agisse du transport de voyageurs ou de marchandises, le report modal au profit du ferroviaire et du fluvial va s’accentuer.

Publié le 21 mars