Innovation

Aerleum : et si le CO2 servait de carburant ?

La startup Aerleum a mis au point un procédé innovant pour optimiser le process de captage et de transformation du dioxyde de carbone, en vue de produire du méthanol vert. Et si le CO2 servait à décarboner l’industrie ?

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Steven Bardey et Sébastien Fiedorow, les deux cofondateurs d'Aerleum

Steven Bardey et Sébastien Fiedorow, les deux cofondateurs d'Aerleum

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STRASBOURG/67

Le captage de CO2 dans l’air a germé dans l’esprit d’un savant fou dès 1999, mais il faut attendre 2021 pour voir émerger la première usine. Le procédé consiste à capturer, extraire, transporter et transformer le CO2 successivement. Quatre étapes énergivores et coûteuses que Steven Bardey et Sébastien Fiedorow proposent d’accélérer. La technologie développée par Aerleum permet de fusionner les étapes de capture et de transformation au sein d’un même équipement, tout en supprimant les étapes intermédiaires. Elle repose sur un matériau bi-fonctionnel breveté pour filtrer et transformer le CO2, un réacteur sur-mesure capable d’opérer sous différentes conditions de pression et de température et un système de chauffage de précision pour réduire la consommation énergétique. « Imaginez une éponge à travers laquelle on fait circuler de l’air. Le CO2 présent dans l'air est piégé dans l’éponge, puis transformé directement dans notre réacteur », explique Sébastien Fiedorow.

Des perspectives prometteuses dans le secteur logistique

Combiné à l’hydrogène vert, le CO2 sert à produire du méthanol, une alternative aux carburants d’origine fossile. Ce combustible permet de réduire jusqu'à 90 % les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur maritime. Il est exploitable dans le transport routier. Après traitement, il peut même servir de carburant d’aviation durable. Dans le secteur chimique, le méthanol entre dans la composition des solvants, des peintures et de nombreux autres matériaux. La molécule proposée par Aerleum se substitue au méthanol d’origine fossile dont la production est très polluante. Autre atout stratégique : Aerleum se différencie par sa capacité à capter le CO2 directement dans l’air. Une source renouvelable selon les normes européennes, contrairement au captage en point concentré qui puise dans les cheminées d’usine. La méthode d’Aerleum offre une grande flexibilité géographique. L’entreprise peut implanter ses usines au plus près des sites de production d’hydrogène vert, pour limiter l’impact du transport et optimiser les coûts.

Aerleum est née en 2023 de la rencontre entre Steven Bardey, un scientifique qui explore les techniques de conversion du CO2, et Sébastien Fiedorow, un investisseur spécialisé dans le secteur climatique à BPI France. L’entreprise a levé 5,5 millions d'euros en octobre 2024 pour financer son premier pilote. Elle prévoit de lancer une nouvelle levée de fonds fin 2025 pour élaborer un « démonstrateur industriel », une usine miniature qui permettra de tester le process de fabrication à petite échelle, avant de construire un site à taille réelle. Incubée par Semia, Aerleum compte douze collaborateurs, dont sept femmes. Une parité exemplaire dans l’univers de la deeptech.

Aerleum
18 rue d’Orbey à Strasbourg
aerleum.com

Publié le 13 mai