Projet de loi finances 2027
Budget 2027 : les CCI alertent sur un recul de l'appui aux entreprises
Le projet de loi de finances 2027 prévoit d'amputer d'un quart la ressource fiscale des Chambres de Commerce et d'Industrie. Le 3 novembre, à Schiltigheim, les Présidents de la CCI Grand Est et de la CCI Alsace Eurométropole ont tiré la sonnette d'alarme, entourés de chefs d'entreprise venus dire ce que la CCI change concrètement pour eux.




Un quart de la taxe payée par les entreprises ne reviendra pas aux CCI
« Ce n'est pas une démarche corporatiste. Ce qui est menacé aujourd'hui, c'est un outil dont les entreprises ont un besoin vital ». D'entrée, Jean-Paul Hasseler, président de la CCI Grand Est, a fixé le cadre de la conférence de presse organisée le 3 novembre à la CCI, à Schiltigheim, aux côtés de Daniel Bixel, président de la CCI Alsace Eurométropole.
En cause, l'article 42 du projet de loi de finances (PLF) 2027. Il ramène le plafond de la taxe pour frais de chambre (TFC) de 505 à 380 millions €, soit 125 millions de moins pour le réseau national des CCI. C'est près d'un quart de sa ressource fiscale. Une taxe payée par les entreprises, dont le taux, lui, ne baisse pas.
Les premières projections sont lourdes. En Grand Est, 100 à 150 licenciements sont envisagés, soit environ 20 % des effectifs régionaux. Au niveau national, 2 000 emplois seraient supprimés et de nombreuses chambres menacées de disparaître. Le contrat d'objectif et de performance signé avec l'État sur l'accompagnement des entreprises, la transition écologique, la transition numérique et le soutien à la formation devrait être largement revu.
Une décision de dernière minute : 25 millions € supplémentaires repris sur le budget 2026 des CCI
Une seconde mesure a provoqué l'incompréhension et la colère des chefs d’entreprises élus des CCI. Le projet de loi de fin de gestion (PLFG) 2026, présenté ce mercredi 4 novembre en Conseil des ministres, prévoit de retirer 25 millions d'euros aux CCI, rétroactivement, sur l'exercice 2026 en cours. 25 millions qui viendraient s’ajoutent à l’effort de réduction des ressources de 20 millions € déjà imposé aux CCI début 2026.
« Quelle entreprise pourrait gérer son budget en découvrant en fin d'année qu'on lui retire a posteriori une partie de ses ressources ? », interroge Jean-Paul Hasseler. La mesure inattendue et jamais évoquée auparavant, est annoncée alors que le réseau se mobilise fortement auprès des commerçants touchés par les violences des 17 et 24 octobre. Les CCI du Grand Est ont mis en place un fond d’aides de 200 000 €, abondé par la Région Grand Est à hauteur de 50 000 €.
Les CCI ont déjà fait leur part d’efforts budgétaires : au tour de l’Etat maintenant
Les deux présidents ont rappelé l'ampleur des efforts consentis. Depuis 2013, la ressource fiscale du réseau a baissé de près de 64 %, soit environ 1 milliard d'euros. Ses effectifs sont passés de 25 000 à 13 600 collaborateurs. Les chambres ont fusionné, mutualisé leurs fonctions support et leurs expertises. En Grand Est, cette mutualisation a généré plus de 30 % d'économies. « Mais il y a une limite à la rationalisation, prévient Jean-Paul Hasseler. Toute nouvelle réduction revient à supprimer des compétences, des services et des capacités d'intervention. »
Daniel Bixel a mis ces efforts en regard de la trajectoire des comptes publics : « Quel service de l'État peut se targuer d'avoir fait de tels efforts ? Aucun. D'année en année, on creuse le déficit public. »
En Alsace, 2 millions d'euros en moins dès 2027
Pour la CCI Alsace Eurométropole, la taxe qui lui est affectée passerait de 8 à 6 millions d'euros d'une année sur l'autre si la projection budgétaire du PLF 2027 était confirmée. « Cela représente un quart de nos ressources publiques, sans transition, sans trajectoire, sans concertation », résume Daniel Bixel.
Le budget annuel de la CCI Alsace Eurométropole se monte à 34 millions € en 2026. Les 8 millions € de taxe pour frais de chambres permettent d’accompagner le développement d’entreprises non solvables : porteurs de projets et créateurs d’entreprises, apprentis et jeunes en orientation, TPE et petits commerces, entreprises rencontrant des difficultés…
« Depuis 2013, nos ressources ont déjà été amputées de plus de 30 millions €. Nous nous sommes adaptés et réorganisés avec la fusion des trois chambres alsaciennes, en 2017, qui a fait passer nos effectifs de 500 à 270 collaborateurs. Ces 2 millions annoncés, on ne pourra plus les absorber par des économies de fonctionnement. Ce seront des services qui s'arrêtent, des emplois qui disparaissent et des entreprises qui ne seront plus accompagnées ».
Chaque année en Alsace, la CCI :
forme 9 000 personnes, dont 1 750 apprentis ;
accompagne 4 000 créateurs d'entreprise ;
prépare 2 000 cédants et repreneurs à la transmission ;
aide plus de 6 000 TPE et PME dans leurs transitions : décarbonation, énergie, intelligence artificielle, réindustrialisation, adaptation au changement climatique.
Emmène 900 entreprises à l’international et sur des salons professionnels pour développer leurs marchés
Le calendrier de ce PLF aggrave le contresens. Plus de 70 000 défaillances d'entreprises ont été enregistrées en France sur douze mois, à fin juillet 2026. « Les TPE et PME n'ont jamais eu autant besoin d'être accompagnées. »
« Les CCI ne sont pas une dépense, elles sont un investissement » martèle Daniel BIXEL en s’appuyant sur l’étude OpinionWay, selon laquelle chaque euro confié aux CCI génère 5,30 euros de valeur pour l'économie.
Le Président de la CCI Alsace Eurométropole pointe aussi un paradoxe : les entreprises paieront autant de taxe, pour recevoir moins de services. « Chacun jugera de la logique. »
Les entreprises témoignent :
L’ARIA Alsace : « La richesse est produite par les entreprises »
Président de l'Association régionale des industries alimentaires (ARIA) et dirigeant de la choucrouterie Le Pic, Sébastien Muller rappelle qu'une entreprise sur deux est aujourd'hui touchée par des difficultés liées aux turbulences géopolitiques et aux marchés atones. « On nous rajoute des taxes en permanence. Si l'on supprime ou diminue encore les outils d'accompagnement souvent gratuits que sont les CCI, ce sera encore plus compliqué pour les entreprises. »
L'ARIA a signé avec la CCI des conventions pour accompagner ses entreprises à l'export et sur les grands salons agroalimentaires : SIAL, SIRHA, ANUGA. L'enjeu est concret. Il y a encore deux éditions, la France était le pays le plus représenté parmi les exposants du SIAL. Elle est désormais deuxième. « Sans les stands collectifs organisés par les CCI, nous risquons de perdre encore des parts de marché et de la visibilité. » Les missions de prospection, comme celle menée la veille en Allemagne, les rencontres Business Sourcing avec les industriels l’accompagnement à la RSE et à la transition énergétique : les partenariats sont nombreux.
Les entreprises témoignent :
Alélor : des conseillers que l'on appelle par leur nom
À Mietesheim, dans le nord de l'Alsace, Alélor est labellisée Entreprise du patrimoine vivant depuis 2021, ainsi qu'Alsace Excellence et Savourez l'Alsace. Son dirigeant, Alain Trautmann, a participé à cinq SIAL et quatre Sirha entre 2008 et 2020, et retournera sur les salons en 2027. « Un salon, c'est un investissement : plusieurs jours sur place, plus un jour avant et un jour après. L’organisation d’un stand collectif par la CCI est un vrai atout. »
En 2025, Alélor est parti en mission de prospection au Japon avec la CCI, pendant l'exposition universelle d'Osaka. L'entreprise a aussi bénéficié d’aides du fonds de revitalisation mis en œuvre par la CCI avec la préfecture du Bas-Rhin : 3 500 € à l'embauche pour chacun de ses cinq nouveaux salariés. La CCI l'a enfin accompagnée dans l'ouverture de ses boutiques, à Mietesheim et à Strasbourg, et dans la conception de son site web et de sa boutique en ligne.
Alain Trautmann a cité un à un les conseillers de la CCI qui l'ont suivi. « Que l'on nomme ses conseillers dit tout de la proximité des CCI avec les dirigeants », a relevé Jean-Paul Hasseler.
Ecosun Innovation : 25 missions de prospection, 85 % à l'export
Créée en 2015, Ecosun Innovation a été la première entreprise à concevoir et fabriquer des groupes électrogènes solaires mobiles. « Nous sommes partis d'une feuille blanche, avec le soutien des experts de la CCI pour nous positionner à l'export », raconte son cofondateur, Frédéric Rohmer. Aujourd'hui, 250 groupes ont été déployés sur cinq continents, dont 85 % à l'export, et l'entreprise compte 20 salariés.
Ecosun a participé à 25 missions de prospection avec la CCI et mène trois à quatre opérations par an avec elle. En juin, elle exposait sur le stand collectif de la CCI à Eurosatory. La semaine prochaine, elle sera à Varsovie au salon Rebuild Ukraine. « Les actions collectives mutualisent les coûts et l'organisation. On arrive sur un salon en se consacrant au business. » La CCI a aussi formé ses responsables de zone au montage d'un réseau de distributeurs. L'entreprise a été distinguée deux fois lors des Trophées Alsace Export.
Anvis Group : un appui expert pour une PME de 90 salariés
À Épinal, Anvis Group conçoit des solutions antivibratoires en caoutchouc, notamment pour l'automobile. Avec la CCI, l'entreprise a réalisé un audit énergétique allant jusqu'à la mise en œuvre d'actions de réduction des consommations. Elle a accueilli sur son site une réunion du Club Énergie, avec une vingtaine de grandes entreprises et de PME. En avril, un audit climatique a débouché sur des actions concrètes pour faire face aux canicules. Une étude sur un projet de production solaire va suivre.
« Avec 90 salariés, nous n'avons qu'une personne dédiée aux enjeux environnementaux », souligne son dirigeant, Marc Ritzenthaler et l’appui des experts de la CCI est précieux. La CCI l'a également mise en avant comme offreur de solutions, fournisseur de matériaux biosourcés pour la filière automobile. Elle l'accompagne sur deux enjeux : la transition énergétique et climatique, et la diversification.
Les Vitrines de Strasbourg : la CCI en première ligne
Commerçant et président des Vitrines de Strasbourg, l'une des plus grandes associations de commerçants de France avec plus de 700 adhérents, Gwenn Bauer constate que les clients désertent le centre-ville le samedi depuis le 17 octobre.
Face aux pillages et dégradations, les CCI ont mis en place des cellules de soutien, dont une cellule psychologique, un guichet unique et un fonds d'aide de 200 000 euros porté par les CCI du Grand Est avec le soutien de la Région. À Strasbourg, le dispositif Vigicommerce, déployé par la CCI avec l'État et la police nationale, alerte par SMS les commerçants situés sur le trajet d'une manifestation, pour qu'ils puissent baisser le rideau.
Le reste de l'année, la CCI soutient également les commerçants et les unions commerciales : label Commerçants d'Alsace, fonds d'aide aux animations de centre-ville, formation des apprentis du commerce. « La taxe pour frais de chambre, c'est de l'argent que les entreprises génèrent en faisant du business, elle doit leur revenir sous forme d’accompagnement ».
« Le dernier kilomètre » de l'action publique
Ces accompagnements, les entreprises les plébiscitent. Selon l'enquête OpinionWay 2026, les entreprises accompagnées par une CCI attribuent une note de satisfaction de 8,6 sur 10, et de 9,2 sur 10 pour la qualité de la relation avec les conseillers. 64 % d'entre elles se sont transformées après cette intervention : elles ont innové, embauché, se sont développées.
« Nous sommes le dernier kilomètre des politiques économiques de l'État et des collectivités, insiste Jean-Paul Hasseler. Les CCI ne sont pas un centre de coût, mais un levier de création de valeur. Les entreprises ont autant besoin des CCI que l'État a besoin des entreprises. »
Les 13 600 collaborateurs du réseau des Chambres de Commerce et d’Industrie, dont 700 en Grand Est, vivent cette annonce avec une vive inquiétude.
La demande des CCI est claire : maintenir le plafond de la taxe pour frais de chambre à 505 millions d'euros, son niveau de 2026, et renoncer à la ponction rétroactive de 25 millions. La commission des finances de l'Assemblée nationale a déjà voté, à l'unanimité des groupes, le maintien de ce financement.
Alors que le texte arrive au Sénat, Daniel Bixel lance un appel direct aux sénatrices et sénateurs d'Alsace : « Revenez sur cette baisse. Garantissez aux CCI une trajectoire budgétaire stable. Nous ne demandons pas de privilège. Nous demandons de pouvoir continuer à faire notre métier : accompagner les entreprises, former les talents et soutenir nos territoires. »






