Commerces de centre-ville : toujours attractifs ?

Des communes badoises sont à la recherche de producteurs français prêts à participer à leurs marchés.
―©Adobe StockDes grandes enseignes internationales comme H&M, Calzedonia, Starbucks et autres sont présentes dans tous les centres-villes, et ce, des deux côtés du Rhin. Une uniformité décriée, mais qui répond pourtant aujourd’hui aux attentes des consommateurs. On pourrait de ce fait penser que plus rien ne différencie l’offre commerciale d’un centre-ville à un autre… La réalité est cependant plus nuancée. Les boutiques indépendantes n’ont pas disparu, loin de là. « Le centre-ville strasbourgeois compte 85 % de commerçants indépendants, franchises incluses »*, souligne Laurent Maennel, manager de centre-ville à la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg. Cette importante part d’indépendants se retrouve également dans d’autres villes voisines, telles que Haguenau, Offenburg ou encore Freiburg. Une autre activité est source de dynamisme et d’attractivité pour les centres bourgs : les marchés ! Les commerçants non sédentaires favorisent en effet le lien social et la proximité et contribuent même aujourd’hui à effacer les frontières. « Nous avons pu identifier des communes et des contacts outre-Rhin à la recherche de producteurs français prêts à participer à des marchés en Allemagne », déclare Frank Rotter, directeur de la Coopération Transfrontalière à la CCI Alsace Eurométropole.
La question du stationnement
Le tableau n’est pourtant pas tout rose. De nombreux sites commerciaux implantés en périphérie des villes font malgré tout de l’ombre aux centres-villes historiques français. Leurs espaces sécurisés, leurs facilités de stationnement et leurs aires de jeux attirent du monde, en particulier les familles. Pour contrer ce phénomène, ces centres-villes se sont progressivement piétonnisés, offrant aux chalands de nouveaux espaces plus reposants. À Strasbourg, alors que l’entrée de la voiture en centre-ville s’est durcie pour des motifs écologiques, on invite les consommateurs à se garer dans les parkings relais-tram et les parkings de stationnement en ouvrage. « C’est vraiment une question d’habitude qui est déjà bien ancrée du côté allemand », indique Gwenn Bauer, président des Vitrines de Strasbourg. Enfin, le textile de moyenne gamme souffre particulièrement en France, comme l’illustrent de récentes fermetures nationales. Une situation moins connue en Allemagne du fait d’une règlementation plus stricte. « Tout ce qui nécessite un transport en voiture est relégué dans les centres commerciaux périphériques aux centres-villes. Le textile demeure au cœur de ville, ce qui le protège d’une certaine manière », explique Schaefers Thorsten, manager de centre-ville à Freiburg.
La bande rhénane privilégiée
La baisse générale du pouvoir d’achat et le prix des loyers particulièrement élevés à Strasbourg et à Freiburg, constituent également des freins au développement économique des commerces. « Nous sommes revenus à un niveau de consommation pré-crise sanitaire », se réjouit Azhim Kirche, directeur général de l’association de commerçants « City Partner » à Offenburg. Pour Catherine Salomon, présidente de la Commission Commerce et Attractivité du Commerce de Centre-Ville à la CCI Alsace Eurométropole, cette crise a accéléré la mutation dans laquelle s’étaient déjà engagés les commerces : « Ils se sont digitalisés, ont mis en place un process de livraison… Ils ont su saisir de nouvelles opportunités ! »
De nouvelles expériences à venir Festival
Autre point commun entre Strasbourg, Kehl, Offenburg, Haguenau et Freiburg : les nombreux événements culturels et sportifs qui y sont régulièrement organisés. L’objectif est d’offrir aux habitants, aux actifs, aux touristes comme aux visiteurs occasionnels, de nouvelles expériences à vivre. « Entre le Festival du Houblon, l’Humour des Notes et la Foire du Printemps, les grands événements s’enchaînent au centre-ville de Haguenau ! » ajoute Alain Christophel, manager de centre-ville à Haguenau. C’est que le public ne vient plus au centre-ville pour « juste » faire des emplettes ! « Il est à la recherche d’expériences uniques à vivre mêlant culture, patrimoine et loisirs », ajoute Gwenn Bauer, président des Vitrines de Strasbourg. C’est ainsi qu’aujourd’hui bon nombre de chalands enchaînent volontiers un escape game, une séance shopping et un restaurant en terrasse… Autre tendance très fortement présente en Allemagne comme en France : la seconde main. On voit naître de nouveaux commerces qui proposent la réutilisation dans le textile, l’électroménager ou encore les cycles. Et c’est, selon les managers de centre-ville, français comme allemands, une tendance prisée aussi bien par les étudiants que les actifs et les retraités. En opposition aux Temu, Shein et autres Amazon, le commerce se décline aussi sous un visage plus écologique et responsable.
* Source : étude AID de 2021 sur le périmètre de sauvegarde