Daniel Bixel : ne fragilisons pas la formation et l’apprentissage !
La formation et l’apprentissage sont des leviers essentiels pour la compétitivité des entreprises, l’emploi des jeunes et la vitalité économique du territoire. Découvrez pourquoi former, c’est préparer l’avenir.
Publié le 19 mars Lecture 3 min.
Daniel Bixel : Président de la CCI Alsace Eurométropole
―© Dorothée ParentLa formation, c’est un enjeu de compétitivité majeur pour nos entreprises ?
C’est la clé de l’emploi, de la performance de nos entreprises, de l’avenir de nos jeunes et du dynamisme économique de nos territoires. En Alsace, nous ne nous contentons pas de le dire, nous agissons. La CCI soutient le développement des entreprises, accompagne la création de nouvelles activités, ouvre la voie vers de nouveaux marchés en France et à l’export, met à disposition ses équipes d’experts pour réussir les grandes transitions – digitales, énergétiques, sociétales, climatiques… – Mais pour réussir, nos entreprises ont besoin de femmes et d’hommes qualifiés qui portent ces projets. La formation de leurs collaborateurs et des jeunes est au cœur de notre action.
Nous sommes le premier organisme de formation après l’Éducation nationale avec 9 000 personnes formées par an sur nos campus de Colmar, Mulhouse et Strasbourg. Parmi elles, 1 750 jeunes en apprentissage de Bac +2 à Bac +5 avec un taux d’insertion professionnelle de 95 % en fin de cycle.
Vous exprimez pourtant de fortes inquiétudes sur l’avenir de l’apprentissage ?
Par petites touches successives, on remet en cause un modèle qui a fait ses preuves. La baisse de l’aide à l’embauche d’un apprenti depuis février 2025 pèse sur les décisions des entreprises. Dans un contexte économique tendu, cela fait parfois la différence entre un contrat signé et un projet abandonné. Mais ce sont surtout les récents signaux envoyés aux jeunes qui m’alertent.
Dans le projet initial de la Loi de Finances pour 2026, il était question de supprimer l’exonération de cotisations sociales sur les salaires pour les apprentis et de réduire leur éligibilité à la prime d’activités. Ces mesures ont heureusement été rejetées par l’Assemblée nationale. Mais l’aide de 500 euros au permis de conduire pour les apprentis a été supprimée, je le déplore. Quand on gagne entre 500 et 1 200 euros par mois, c’est un coup de pouce significatif, surtout pour les jeunes en milieu rural. Car sans permis, pas de mobilité. Sans mobilité, pas d’accès à la formation, pas d’accès à l’emploi, pas d’autonomie.
Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs publics ?
Un message simple : l’apprentissage et la formation ne sont pas des dépenses, ce sont des investissements. Plafonner le compte personnel de formation et instaurer un reste à charge, réduire les aides à l’apprentissage, c’est freiner les parcours, accentuer les inégalités et envoyer un message paradoxal à un moment où tout le monde parle de transitions rapides et d’adaptation des compétences. Je reste cependant optimiste.
Les entreprises alsaciennes croient en l’apprentissage et nos jeunes savent que c’est une bonne voie avant de s’engager dans la vie active. La CCI continuera à les former, à les accompagner et à défendre une vision ambitieuse de la formation. Former, c’est préparer l’avenir !


