Au-delà du Rhin

La Région Métropolitaine Trinationale, moteur du développement économique

Faire naître un réseau, créer des connexions, mettre en place un plan d’actions commun en faveur des entreprises, et ce, bien au-delà des frontières : voici l’un des leitmotivs qui anime depuis 15 ans la Région Métropolitaine Trinationale (RMT) du Rhin Supérieur.

Publié le 20 nov. 2025

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La région du Rhin supérieur : un territoire qui invite à la rencontre entre les peuples.

La région du Rhin supérieur : un territoire qui invite à la rencontre entre les peuples.

© iStock

Entouré par la Forêt Noire d’un côté et les Vosges de l’autre, le bassin rhénan amène naturellement ses habitants à se rencontrer. Il y est aisé de passer la frontière pour travailler, étudier ou réaliser des achats. « Les relations sur ce territoire y sont beaucoup plus étroites que dans d’autres régions frontalières » observe Jürgen Oser, ancien directeur du service transfrontalier au Regierungspräsidium Freiburg. C’est que ce territoire, englobant l’Alsace, la Suisse du nord-ouest, le sud du Palatinat et une partie du Pays de Bade, est particulièrement attractif.

Cet espace transfrontalier franco-germano-suisse, appelé la région du Rhin supérieur, se démarque en effet par un tissu économique fort, une main d’œuvre qualifiée, la présence de grandes universités, de bonnes infrastructures sans compter son patrimoine remarquable et une nature riche et diversifiée. « Les universitaires, les entrepreneurs, la société civile… ont, dès l’après-guerre, cherché à travailler avec leurs homologues français, allemands et suisses, à créer des connexions… mais il manquait une cohérence, un plan commun » raconte Jürgen Oser. C’est dans ce contexte que le 9 décembre 2010, la Région Métropolitaine Trinationale (RMT) du Rhin Supérieur a été créée.

Un potentiel unique

« Le but n’a jamais été de créer une nouvelle structure administrative mais plutôt de fluidifier la coordination entre les acteurs déjà actifs, et de s’ouvrir à de nouveaux partenaires. » éclaire Danièle Schmitt, responsable Prospective et Développement à la direction de la coopération transfrontalière de la CCI Alsace Eurométropole. Ce réseau avait ainsi pour ambition de libérer les échanges et d’exploiter pleinement tout le potentiel de ce territoire si unique. Un autre aspect, et pas des moindres, a poussé ces enfants d’après-guerre à se lier : « La mémoire de ce qu’avaient vécu nos parents et grands-parents était encore bien vive. On ne voudrait jamais plus vivre ça », ajoute Jürgen Oser. La création de la RMT a ainsi permis de mettre en œuvre une stratégie globale, s’appuyant sur 4 piliers : l’économie, les sciences, la société civile et la politique.

Un financement européen

Le pilier économique est naturellement constitué des représentants du monde économique que sont notamment les chambres consulaires, les agences de développement et les clusters. La stratégie commune mise en place vise à développer une économie compétitive, durable et respectueuse de l’environnement, à soutenir les clusters transfrontaliers, à favoriser la création d’emplois, à booster la coopération dans le domaine du tourisme et à gagner en compétitivité à l’échelle européenne et internationale. L’Union européenne, convaincue de l’importance de ce réseau en faveur des entreprises, a contribué financièrement à son essor via son programme Interreg*. « La RMT est un formidable laboratoire d’expérimentation pour les politiques européennes ! » s’enthousiasme Jürgen Oser.

Un solide soutien aux PME

Parmi les projets marquants de ces 15 dernières années, on note «Climability », un projet d’adaptation de l’entreprise au changement climatique, mis en œuvre entre 2016 et 2018. L’objectif : sensibiliser les acteurs économiques sur les aléas climatiques ayant un impact sur leur activité. « Nous avons développé une batterie d’outils tels que des diagnostics, des modules de formation continue, des accompagnements personnalisés… » partage Danièle Schmitt. Si cette problématique est aujourd’hui prise à bras-le-corps par le monde économique, le projet « Climability » était à l’époque bien précurseur.

Autre projet mené entre 2017 et 2020 : « Upper Rhine 4.0 ». Le but ? Permettre aux PME du Rhin supérieur de faire face aux mutations technologiques et humaines. « Notre projet était de construire l’usine du futur, en s’appuyant sur un réseau de compétences trinational en matière d'industrie 4.0 » précise Frank Rotter, directeur de la coopération transfrontalière à la CCI Alsace Eurométropole. Identification des problèmes, renforcement des compétences, synergies entre unités de recherches et PME font partie des actions menées sur le terrain.

Enfin, si on ne devait mettre en lumière qu’un troisième projet, ce serait bien « TITAN-E » (Trinational Innovation and Technology Advances Networks of Enterprises), opéré entre 2020 et 2023. Il s’agissait là aussi d’effacer les frontières entre les milieux économiques et scientifiques du Rhin supérieur, en créant des connexions, et même un transfert de connaissances. « L’innovation technologique a ainsi participé à l’essor de PME et de startups sur notre territoire » éclaire Danièle Schmitt.

Un pas vers la robotique

15 années après sa création, la RMT poursuit sa mission d’appui aux entreprises allemandes, françaises et suisses. Les défis à relever sont pour les acteurs économiques encore bien présents, si ce n’est plus avec la démocratisation de l’IA et l’essor de la robotique. Le projet actuel « Robot Hub Transfer » ** s’inscrit parfaitement dans ces nouvelles opportunités que doivent saisir les entreprises. « Nous conseillons les PME des trois pays dans leurs besoins en matière de robotique mobile et industrielle » indique Frank Rotter.

À savoir que jusqu’à 20 jours d’accompagnement sont pris en charge par les fonds européens de développement régional. Mais pour Jürgen Oser, un autre défi de taille attend les entreprises, et ce dernier, est d’ordre plus personnel : la maîtrise de la langue du voisin. Si le travail frontalier est à présent plus accessible, de moins en moins d’Allemands parlent français, et inversement. « Parler la langue de l’autre, c’est entrer en contact avec sa culture, sa mentalité. C’est essentiel pour se comprendre et poursuivre ce projet transfrontalier » conclut-il.

Pour en savoir plus

interreg-rhin-sup.eu
robot-hub.eu