Innovation

Qfluidics : une tempête dans une paille de labo

Et si demain l’industrie pharmaceutique remplaçait ses cuves en acier XXL par des pailles gracieuses et fluettes ? C’est la technologie mise au point par Qfluidics pour produire des principes actifs de manière plus propre et plus économique.

Publié le 24 nov. 2025

Lecture 2 min.

Thomas Biellmann dans le laboratoire de Qfluidics à Illkirch.

Thomas Biellmann dans le laboratoire de Qfluidics à Illkirch.

Dorothée PARENT

ILLKIRCH-GRAFFENSTADEN/67

Août 2050, quelque part en Europe, dans une usine pharmaceutique 6.0 : des centaines de réacteurs filiformes, semblables à des pailles en verre, bourdonnent en cadence et délivrent au compte-goutte les précieuses molécules actives qui entrent dans la composition de nos médicaments. À l’origine de cette usine futuriste : Thomas Biellmann, Thomas Hermans et Vincent Marichez, docteurs en chimie et cofondateurs de Qfluidics. Leur technologie a vu le jour en 2019 à l’Université de Strasbourg, dans le laboratoire de Thomas Hermans. Elle consiste à remplacer la production traditionnelle en lots, dans des cuves géantes, par une production à flux continu dans un réacteur en forme de tube. « Imaginez qu’au lieu de préparer vos pâtes dans une casserole de 5 litres d’eau, vous les fassiez cuire dans une paille McDo », explique Thomas Biellmann. « Dans l’industrie chimique, le solvant équivaut à l’eau des pâtes. » La promesse de Qfluidics : moins de solvants, moins de déchets, moins d’énergie.

La solution s’adresse au secteur pharmaceutique, mais aussi à la chimie fine et à l’agrochimie. Elle répond aux préoccupations des industriels qui se sont engagés vers la neutralité carbone à l’horizon 2050, dans le sillage des Objectifs de Développement Durable de l’ONU. Le réacteur a déjà fait ses preuves : dans un partenariat récent avec un grand groupe pharmaceutique, il a permis de réduire jusqu’à 60 % des émissions de CO2 liées à la production d’un médicament. « Notre technologie permet de réduire la consommation de solvant et la production de déchets. C’est un outil de souveraineté industrielle qui permettra de relocaliser la production dans l’Union Européenne », espère Thomas Biellmann.

Un démonstrateur industriel en ligne de mire

Qfluidics a déjà mis sur le marché un premier réacteur, un outil de laboratoire pour le développement de molécules en chimie pharmaceutique et chimie fine. Prochaine étape : mettre la technologie à l’échelle, pour accompagner le client de la R&D vers la production industrielle. La startup prévoit une nouvelle levée de fonds en 2026, pour créer un démonstrateur industriel : une usine pilote qui permettra de produire des réacteurs en série pour équiper les sites industriels des clients. Qfluidics a décroché le grand prix Ilab en 2020 et un financement de l'EIC Accelerator en 2024. Présente au salon Viva Tech en juillet 2025, la startup cherche des investisseurs et des partenaires industriels.

Qfluidics
BIOPARC I 850 Bd Sébastien Brant à Illkirch-Graffenstaden
www.qfluidics.com