QPerfect : le chaînon manquant entre les ordinateurs classiques et quantiques
Dans la jungle du numérique, deux espèces cohabitent sans dialoguer. D’un côté, les ordinateurs classiques pilotés par des codes binaires : ces suites de 0 et 1 qui font tourner la planète tech depuis 70 ans. De l’autre, les ordinateurs quantiques, encore balbutiants, qui s'exprimeront en qbits. Entre les deux, il manque une passerelle. Celle que QPerfect va bâtir.
Publié le 20 janv. Lecture 3 min.
Philippe Blot et Anna Whitlock au Salon VivaTech 2025
―Droits réservésEn avril 2023, le Centre Européen de Sciences Quantiques (CESQ) accouche d’une spin-off : QPerfect qui regroupe 60 chercheurs au coeur du campus universitaire de Strasbourg. Le CESQ développe un ordinateur quantique de 400 qbits. QPerfect met au point la couche logicielle qui permettra aux machines classiques de dialoguer avec les ordinateurs quantiques.
La différence entre ces deux types de machines ? « En informatique classique, on travaille avec des bits, des 0 et 1 », explique Philippe Blot, cofondateur et CEO de QPerfect. « En informatique quantique, on s’exprime en qbits : ils peuvent être 0 ou 1, mais le mot ‘ou’ est crucial car ils sont ces deux états simultanément. Le code se comporte de manière exponentielle : 0 ou 1 sur le premier état, 0 ou 1 sur le deuxième état, etc. Le nombre de combinaisons possibles est exponentiel et la puissance de calcul colossale. Elle résout des problèmes qui prendraient l’éternité… en quelques minutes ! ».
En attendant la mise au point de l’ordinateur quantique, QPerfect a lancé un émulateur dénommé MIMIQ, qui permet de faire de la simulation quantique sur un ordinateur classique. L’objectif : tester des algorithmes, détecter des erreurs, anticiper le fonctionnement de la machine quantique. MIMIQ permet d’expérimenter à moindre coût, dans un environnement fiable.
Strasbourg sur la carte du quantique
QPerfect est engagé dans une course mondiale, talonné par des chercheurs russes, chinois, américains ou allemands. Celui qui maîtrisera l’ordinateur quantique sera capable de modéliser de nouvelles molécules, d’optimiser les flux logistiques et les portefeuilles bancaires, de décupler la puissance des IA ou de casser n’importe quel système de chiffrement. C’est l’objet du partenariat que Qperfect vient de nouer avec l’entreprise de cryptographie BTQ : déchiffrer les codes de signature actuels, mais aussi rechiffrer les réseaux pour résister aux assauts des futurs ordinateurs quantiques.
L’ambition de Philippe Blot : faire de Strasbourg un haut lieu sur la carte du quantique. Il peut compter sur le soutien des collectivités. Reste à attirer les talents. QPerfect vient de lever 2 millions d’euros et recrute des profils très courtisés, du docteur en physique à l’ingénieur en informatique quantique. « Le CESQ rassemble 42 nationalités et je suis le seul Français. Aujourd’hui, nous arrivons à attirer des chercheurs de la Silicon Valley, parce que Strasbourg est plus européenne que Paris et offre une meilleure qualité de vie. »
QPerfect
Centre Européen de Sciences Quantiques
23 rue du Loess à Strasbourg
qperfect.io

