Grand Est
Donner de la voix pour trouver sa voie
Apprendre à parler en public, c’est utile. Cela s’apprend aussi. L’association strasbourgeoise, « Toi-même tu parles » forme de très nombreux groupes à la prise de parole en public. Ou comment reprendre confiance en soi en parlant mieux aux autres. Récit.

Au début, c’est juste l’histoire de deux jeunes femmes qui débarquent sur le marché du travail : Valentine de Muizon, tout juste diplômée de Sciences Po Strasbourg, et Charline Fouquet, titulaire d’un master d’anthropologie. « Nous étions toutes les deux un peu perdues, raconte aujourd’hui Valentine de Muizon. Nous avions à cœur de mener un projet d’intérêt général. La question de la prise de parole en public m’a toujours passionnée. J’ai fait du théâtre depuis l’âge de 7 ans. J’ai fait beaucoup d’impro. Et à l’IEP de Strasbourg, j’étais présidente de l’École des jeunes Orateurs.
Charline, elle, est quelqu’un de plus réservé. Prendre la parole en public n’est pas trop facile pour elle. Elle est très attachée à la transmission des savoirs et avait déjà travaillé dans le domaine de l’insertion professionnelle. Nous avons voulu créer un espace où les personnes se sentent plus à l’aise pour prendre la parole en public, en particulier les personnes à qui on n’a jamais proposé l’exercice. »
Beaucoup de bienveillance
Voici comment est née, à Paris, en 2019, l’association « Toi-même tu parles ». « L’idée, c’est de donner les outils aux personnes qui n’osent pas parler en public, alors qu’elles voudraient le faire, explique Valentine de Muizon, devenue directrice de l’association. Et que ce ne soit pas toujours les mêmes paroles qui parlent. » Mais attention, pas dans le sens de la compétition, ni de la captation de la parole au détriment des autres : « Nous apprenons aussi à écouter, à échanger avec les autres. On parle mieux si on écoute mieux. » La pédagogie repose sur un solide trépied : la pratique, le jeu et la bienveillance. Beaucoup de bienveillance. Avec un recours fréquent à l’improvisation.
En 2020, après quelques prestations auprès d’entreprises et d’associations franciliennes, la maison d’arrêt de Strasbourg contacte la toute jeune association, afin d’organiser un concours d’éloquence pour les détenus. Et, du coup, confortée par les perspectives de développement
qu’elles perçoivent en Alsace, les deux dirigeantes installent le siège de l’association à Strasbourg, dans le quartier Koenigshoffen. À la maison d’arrêt de Strasbourg, à laquelle se sont ajoutés le centre de détention d’Oermingen et le centre de semi-liberté de Souffelweyersheim, « Toi-même tu parles » travaille avec des personnes placées sous main de justice, qu’elles soient incarcérées ou sorties de prison avec suivi judiciaire. Elles apprennent à travailler sur elles-mêmes et préparent leur future réinsertion, notamment dans la vie professionnelle. Chaque année, une cinquantaine d’hommes et de femmes sont ainsi formés par l’association.
Pour quel impact ? « Déjà à l’issue de la séquence de deux mois et demi, nous constatons que les personnes se sentent beaucoup mieux, raconte la directrice. Elles sont plus calmes, plus apaisées. Elles se focalisent sur un projet. Elles reprennent confiance en elles-mêmes. Il n’y a pas longtemps, lors d’une conférence à l’Université, un ancien prisonnier que nous avions formé est venu me voir. Il est lui-même devenu formateur en école de journalisme. Il m’a dit : ‘’ Grâce à vous, j’ai découvert que j’avais une grande gueule. Et vous m’avez appris à en faire quelque chose. »
Confiance en soi
Outre les centres de détention, « Toi-même tu parles » est aujourd’hui de plus en plus sollicitée. Les demandes se multiplient. Elles émanent de personnes en situation de handicap, de jeunes en soutien scolaire ou en service civique, de publics exilés, d’entreprises... Dans ces dernières, l’association est appelée pour former des ingénieurs et des techniciens, ceux qu’on n’entend jamais le plus. Ainsi, pour le siège régional de BNP Paribas, l’association a formé les jeunes managers qui seront amenés à prendre des fonctions dirigeantes dans leur parcours futur, où ils seront amenés à motiver leurs collaborateurs. Avec les entreprises, « Toi-même tu parles » a imaginé le système de la formation suspendue : l’entreprise qui achète une prestation choisit une association, qui pourra à son tour bénéficier d’un atelier gratuit.
Quels que soient les publics, l’objectif est finalement toujours le même : « Nous voulons aider les personnes à prendre confiance en elles. Comment je parle. Comment j’écoute. Ce que ma posture exprime de moi. Ce qui nous anime aujourd’hui, c’est de voir des personnes qui osent prendre la parole en public et passent au-delà de leur stress. C’est génial ! »
Avec la Fondation de France
« Toi-même tu parles » a bénéficié du soutien de la Fondation de France :
- Financement du parcours de réinsertion professionnelle, « Un pas vers ta voie »,
- Sélection parmi les Pépites de la Fondation de France, en juin 2026. « Cela nous a donné une belle visibilité médiatique, explique Valentine de Muizon. Cela nous crédibilise et peut inciter d’autres financeurs privés à nous aider »,
- Accompagnement à Metz pour découvrir de nouvelles opportunités d’action.
Concours en public
Le 22 octobre prochain, « Toi-même tu parles » organise, en partenariat avec le club de hockey sur glace strasbourgeois, L’Étoile Noire, au siège de la Collectivité européenne d’Alsace, un concours d’éloquence pour les personnes exilées sur le thème du sport : La voix des champions. Huit candidats originaires d’Éthiopie, d’Afghanistan, de Roumanie... hommes et femmes, jeunes et moins jeunes ont été sélectionnés. Le vainqueur sera invité à prononcer son discours, le 14 novembre à la patinoire de l’Iceberg.
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