Dominique Schelcher : Président-directeur général de Coopérative U
Dirigeant de Coopérative U et du Super U de Fessenheim, Dominique Schelcher signe un rapport sur l'avenir du commerce de proximité en France. Retour sur les grands chantiers prioritaires et sur les points forts du modèle coopératif.
Publié le 27 mars Lecture 4 min.
Dominique Schelcher : Président-directeur général de Coopérative U
―Bartosch Salmanski & 128DBVous êtes l’auteur d’un rapport sur le commerce de proximité*. Quel est votre constat ?
Beaucoup s’alarment du déclin des centres-villes. Je parlerais plutôt de mutation. Car les habitudes des consommateurs ont changé. Le lèche-vitrine, que nous avons connu il y a quelques années, les centres commerciaux qui étaient les coeurs de ville : tout cela est derrière nous. Le commerce digital a bousculé les usages, notamment dans les secteurs de l’habillement, de la chaussure et de la décoration. Aujourd'hui, les Français font leurs achats en ligne depuis leur canapé. À cela s’ajoute la concurrence déloyale des plateformes chinoises d’e-commerce comme Shein et Temu qui secouent le commerce traditionnel. Tout l’enjeu est d’accompagner cette mutation.
Par quels moyens précisément ? Quelles sont vos principales recommandations ?
Il faut d’abord lutter contre cette concurrence chinoise. C’est un commerce déloyal qui ne respecte pas la réglementation française et européenne. Plusieurs études et contrôles ont mis en évidence la présence d’articles dangereux, notamment dans les jouets et les chargeurs de téléphones. Songez que 70 % des produits présents sur ces sites ne sont pas conformes. Déréférençons les sites qui continuent à ne pas respecter la réglementation française. Il s’agit ensuite de donner davantage de pouvoirs aux maires dans l’organisation et la régulation de l’offre commerciale. Le rôle des managers de commerce au sein des collectivités est crucial. On en compte près de 500 en France. Il en faut davantage. La Banque des Territoires est engagée et finance en partie la formation de ces managers de commerce. Il faut aussi s’attaquer au foncier via des sociétés mixtes locales qui rachètent de l’immobilier pour le restructurer, en associant logements et commerces. Le troisième grand chantier, ce sont les loyers commerciaux. La question de leur encadrement doit être évaluée à la lumière d’expérimentations dans des villes pilotes. Et tout cela dans le cadre d’actions « Coeur de ville », véritables leviers pour restructurer les rues, reconvertir des friches en habitat et en commerces.
Le commerce en ligne poursuit malgré tout son essor. Comment agir ?
Il faut distinguer le commerce en ligne qui respecte les règles et les plateformes peu scrupuleuses. Le premier rempart, c’est le contrôle des colis en provenance de Chine que nous devons amplifier pour protéger le consommateur. Nous acceptons le commerce digital mais à condition de jouer à armes égales. Subir cette nouvelle donne n’est pas une fatalité. La revitalisation des centres-villes s’opère peu à peu et les petites surfaces alimentaires reviennent en force.
Comment réagissez-vous à l’accord du Mercosur qui va concurrencer la production locale ?
Je dis simplement de ne pas importer des produits proposés dans des conditions moins-disantes et je lance un appel au réflexe Origine France. Dans nos magasins, 78 % des fruits et légumes sont français. Nous concrétisons notre engagement avec le label Bleu-Blanc-Coeur et notre proximité avec les fournisseurs locaux. Le commerce est d’abord une affaire de prix juste qui reflète un équilibre entre production locale, distribution et consommation. Dans nos magasins, nous revendiquons ce positionnement prix. Nous sommes d’ailleurs la deuxième enseigne en France en termes de compétitivité des prix.
Qu’est-ce qui fait la force du modèle Coopérative U et quels sont vos projets de développement ?
Nous avons 1 900 magasins en France qui emploient plus de 80 000 personnes. Notre force est d’être multiformats pour répondre aux problématiques des élus et des territoires. Notre résultat est en croissance de 5,3 %, à 28 milliards d'euros en 2025, hors carburants. Tout cela nous porte vers de nouvelles ambitions avec un objectif stratégique : atteindre 15 % de part de marché en 2030. Autant dire que ce projet, qui va asseoir notre modèle, me mobilise à 100 %.
* rapport demandé par le gouvernement sur l’avenir du commerce de proximité dans les centres-villes et les quartiers prioritaires de la politique de la ville (octobre 2025)
Nous visons 15 % de part de marché en 2030


