Notre-Dame de Paris : le chantier du siècle
Rebâtir Notre-Dame de Paris après le terrible incendie du 15 avril 2019. Des entreprises alsaciennes ont participé à la résurrection de la cathédrale. Nous les avons rencontrées.
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Un chantier de cinq ans, d'une ampleur exceptionnelle, héritier des bâtisseurs de cathédrales
―© David Bordes/Rebâtir Notre-Dame de ParisALSACE
Des ténèbres à la lumière. Alors que les ruines de cette merveille gothique fumaient encore, Emmanuel Macron promettait de rebâtir en cinq ans la cathédrale Notre-Dame. Un défi que beaucoup jugeaient hors de portée, mais le pari a été tenu grâce aux 340 000 donateurs et aux 2 000 compagnons, artisans d'art, architectes, ingénieurs et encadrants, qui ont reconstitué et sublimé ce chef-d’œuvre du début du 12ème siècle, sous le pilotage de l'établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris, présidé par Philippe Jost, maître d'ouvrage. Ériger une charpente magistrale, panser les voûtes, réhabiliter le chœur et la nef, réveiller le grand orgue : une prouesse d’art et d’artisanat qui met en exergue l’excellence des entreprises françaises. Parmi elles, des professionnels alsaciens, tous experts dans leur domaine. C'est le cas, par exemple, de Mescla Patrimoine installée à Strasbourg. Sa mission : contribuer à restaurer et nettoyer les sculptures et peintures murales contaminées par le plomb. « Un chantier complexe avec des protocoles très stricts, compte tenu des teneurs en plomb dans l’édifice provoquées par l’incendie, raconte Martin Labouré, dirigeant de l’entreprise.
Notre-Dame est placée en soins intensifs
À Notre-Dame, nos équipes sont intervenues dans la restauration des sculptures de la sacristie, à la fois pour évaluer leur état et procéder à leur décontamination. Nous avons été sélectionnés pour notre expertise dans le nettoyage laser qui permet de rénover la pierre en profondeur sans l’abîmer. » Ce travail de diagnostic est aussi l’affaire du laboratoire BPE. La société de Dimbsthal (67) est spécialisée dans l’analyse des matériaux et de leurs pathologies. Alors que Notre-Dame est placée en soins intensifs au lendemain du terrible brasier, BPE est réquisitionnée. « Notre première mission consistait à suivre l’évolution des pollutions au plomb dans le cadre des travaux de déblaiement, décrit Stéphane Logel, fondateur du laboratoire. Puis nous a été confiée la lourde tâche de qualifier l’état d’endommagement thermique des pierres formant les voûtes, aux côtés du Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques. Vient ensuite un travail d’évaluation des murs qui soutiennent la charpente et la réalisation des tests de refixage des parements dégradés. Toutes ces interventions nous ont conduits à mettre au point un protocole de dessalement des voûtes et à suivre ces opérations durant toute la phase d’assainissement de l’édifice. »
Un travail de laboratoire pour ausculter la pierre
La société strasbourgeoise Épitopos, qui vient d’intégrer de nouveaux locaux sur le site de la Plaine des Bouchers, s’inscrit dans la continuité des travaux du laboratoire BPE. Son intervention porte sur le contrôle du dessalement des pierres, en particulier des parements de la voûte du chœur. « Il s’agit plus précisément de vérifier, via des prélèvements, les teneurs en sel des maçonneries afin de restaurer au mieux la pierre endommagée par l’incendie, la suie et les énormes quantités d’eau utilisées pour éteindre le brasier, indique Fabrice Surma, dirigeant d’Épitopos. Nous avons également été missionnés pour contrôler la qualité des plombs de remplacement sur la toiture de Notre-Dame. Notre valeur ajoutée repose sur nos compétences d’analyse sur site et la maîtrise des technologies spécifiques pour ce type de contrôle. »
Tel un miracle, le grand orgue semblait presque indemne
Héritier des bâtisseurs de cathédrales, le chantier de restauration de Notre Dame témoigne des savoir-faire ancestraux associés aux techniques les plus contemporaines pour apporter un soin absolu aux blessures de la vieille dame. Peu à peu, ce joyau gothique retrouvait son éclat. Tel un miracle, le grand orgue, épargné par les flammes et l'intervention des pompiers, semblait presque indemne. Mais il a fallu le démonter pour décontaminer les quelque 8 000 tuyaux, jusqu’au plus petit, aussi fin qu'un crayon. Un travail de haute précision mené sous l’œil expert de Christian Lutz, maître d’œuvre des opérations. Ce technicien conseil, établi à Dangolsheim (67) et agréé par les Monuments Historiques, souligne les conditions extrêmement difficiles du chantier, dans un édifice saturé de plomb, de poussières et de bruit. « Cela nous obligeait à travailler de nuit pour les réglages sonores les plus fins. » Après le bilan sanitaire, place au remontage de l’instrument aux 115 jeux et aux cinq claviers. Cette pièce exceptionnelle datant de 1733, véritable voix de Notre-Dame, a retrouvé ses vibrations dès la fin de l’année 2023. Dans la tour nord, c’est un autre chantier qui s’annonce pour la société strasbourgeoise André Voegele. Pour restaurer le beffroi profondément meurtri par les flammes, il faut déposer les huit cloches qui y sont installées. Les campanistes alsaciens sont à l’œuvre pour déplacer ces colosses de métal.
Le bourdon de 13 tonnes dans les mains expertes d’un campaniste alsacien
« L’occasion de revisiter leur fonctionnement, ajoute Julien Calcatera, directeur de la société. Nous les avons ainsi équipées d’une nouvelle motorisation électrique pour les sonneries en volée et les tintements. Nos équipes ont également installé et programmé une nouvelle centrale de commande qui pilote de façon automatisée, en fonction des dates et des fêtes, toutes les sonneries de la cathédrale Notre-Dame de Paris. » Plus spectaculaire encore est la deuxième phase de travaux des campanistes. « Il s’agissait de remplacer les jougs des deux bourdons, reprend Julien Calcatera. Ce sont nos équipes qui ont conçu dans nos ateliers de Strasbourg, et dans les règles de l’art, ces imposantes pièces en bois de chêne massif sur lesquelles les cloches sont fixées et qui permettent leur balancement. Fabriquer le joug du bourdon Emmanuel – toutes les cloches de Notre-Dame portant un prénom – qui pèse plus de 13 tonnes, reste à ce jour notre plus grand défi. »
Charpentiers, couvreurs, tailleurs de pierre, échafaudeurs, cordistes, facteurs d’orgues, restaurateurs de vitraux et de tableaux, serruriers, ingénieurs, fondeurs, campanistes, tapissiers, bûcherons... Ces artisans de la renaissance sont venus de toute la France pour ressusciter Notre-Dame. Mais coordonner autant d’acteurs ne s’improvise pas et implique une organisation millimétrée. La logistique de chantier est la clé. À Bennwihr (68), la société Altempo – filiale d'Algeco France – en a fait son métier. « Nous étions en charge de ce qu’on appelle la conciergerie de chantier, rappelle Thomas Charton, directeur de l’entreprise.
Condition suprême du bon déroulement des travaux : la conciergerie de chantier
Cela comprend l’installation de bâtiments modulaires, la sécurisation de l’emprise du chantier, le déplacement des palissades selon l’avancement des opérations. Face à la multiplicité des intervenants, c’est à la fois un défi d’organisation et de coordination. Notre première mission est de faciliter la progression du chantier en faisant preuve d’une extrême réactivité. » Altempo avait ainsi la responsabilité de mettre en place des plateformes de stockage des matériaux, y compris sur des échafaudages de grande hauteur ou encore d’installer des ascenseurs de la base-vie ou des barnums pour les ateliers de sculpture. Des moyens exceptionnels voulus par l'établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris pour un chantier hors-norme. Cinq ans de prouesses techniques et artistiques avant le grand jour : la réouverture de Notre-Dame de Paris. C’était le 8 décembre 2024. La cathédrale, magnifiée et transfigurée par l’intelligence et l’excellence des artisans, était rendue aux fidèles et aux visiteurs.







