Énergie, logistique, export

Quand les entreprises jouent collectif

Que ce soit pour créer des synergies, réaliser des économies ou développer du business, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à s’inscrire dans des démarches collectives. Un nouveau modèle se met en place : celui des solutions locales et partagées. À l’heure de l’économie mondiale, les écosystèmes de proximité séduisent (et rassurent) les entreprises. Exemples et témoignages dans ce dossier.

Publié hier à 5h34

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Comme ici, au Forum du Développement Durable à Strasbourg, les échanges et les partages d'expériences sont très demandés par les entreprises.

Comme ici, au Forum du Développement Durable à Strasbourg, les échanges et les partages d'expériences sont très demandés par les entreprises.

© Bartosch Salmanski

Si l’Alsace est reconnue comme une terre d’industrie, on sait moins qu’elle est en phase de devenir un territoire à la pointe de l’écologie industrielle et territoriale (EIT) en Europe. Ce mode d’organisation industrielle permet à des entreprises d’agir collectivement pour optimiser les flux de matières et d’énergie. Les déchets des uns deviennent les ressources des autres. Les entreprises coopèrent, partagent les services et les infrastructures dans une boucle d’économie circulaire.

Les projets se multiplient, à l’image du Pays Thur Doller qui développe depuis 2019 des actions d’EIT en réponse à des enjeux économiques, sociaux et écologiques : mutualisation des achats, formations communes, réunions d’information, échanges de bonnes pratiques, optimisation de la gestion des déchets. Cette approche « classique » a évolué, en se concentrant sur le réemploi des matières inutilisables par les entreprises. La valorisation des déchets est ainsi au cœur de la démarche du Pays Thur Doller qui réunit une centaine d’entreprises.

Camille Martins, responsable des achats chez Casal, une entreprise du secteur textile installée à Thann, ne tarit pas d’éloges sur la démarche EIT. « C’est clair, efficace, convivial, économiquement pertinent et cela nous permet de nous questionner sur d’autres sujets environnementaux laissés en jachère jusqu’à présent. Grâce à ce travail en réseau, nous avons pu remplacer des kilomètres de papiers bulles en plastique par des tonnes de gisements de papier kraft disponibles chez une entreprise voisine. Nous avons aussi évité l’enfouissement de mètres cubes de tissus et de catalogues non recyclables qui ont permis de faire tourner des ateliers d’insertion ou d’animer des sessions de sensibilisation dans les écoles. »

Précurseurs dans l’autoconsommation collective

Ces écosystèmes porteurs stimulent les initiatives locales et les programmes innovants, notamment en matière énergétique. « La crise de l’énergie a accéléré notre engagement dans un projet d’autoconsommation énergétique, décrit Serge Janus, président de la Communauté de Communes de la Vallée de Villé et de l’association Energiessen qui chapeaute le projet. Nous sommes partis du bâti des entreprises pour produire de l’électricité photovoltaïque.

Cette énergie est autoconsommée dans le territoire et l’excédent est réinjecté dans le réseau Enedis. Elle alimente aujourd’hui les entreprises de la zone industrielle de Villé, mais aussi des commerces et des bâtiments publics. » Si tout a commencé par un simple défi, les acteurs d’Energiessen se sont vite pris au jeu, à l’instar d’entreprises comme Bürkert, Egelhof ou Ejot. « Nous sommes des précurseurs en matière d’autoconsommation collective, affirme Patrice Thil, directeur d’Ejot, un fabricant de solutions de fixation pour l'industrie et le bâtiment. Avec des avantages à la clé.

La transition écologique ne peut pas être une aventure solitaire

Nous produisons et nous utilisons une énergie verte. Et le retour sur investissement est excellent car l’installation n’est pas seulement pensée en autoconsommation, mais aussi comme un débouché local. Ce projet, c’est un levier décisif pour sortir des énergies fossiles et atteindre notre objectif de neutralité carbone en 2035. » À la question « Peut-on faire plus ? », Steve Jecko, président d’Initiatives Durables, s’anime. « Oui, bien sûr car c’est dans l’intérêt des entreprises. Depuis l’origine, nous sommes convaincus que la transition écologique, sociale et économique ne peut pas être une aventure solitaire. Les PME, en particulier, ont besoin d’espaces pour échanger sans posture, partager leurs réussites comme leurs difficultés et surtout construire ensemble des solutions concrètes. Encourager les démarches collectives pour nous, c’est d’abord animer des communautés actives : clubs RSE, groupes de travail thématiques, plateformes d’échange, forums territoriaux. Ce sont des lieux où l’on parle décarbonation, économie circulaire, qualité de vie au travail, achats responsables, innovation sociale. Très concrètement, nous mettons autour de la table des dirigeants, des responsables RSE, des partenaires institutionnels pour favoriser les synergies. Quand un dirigeant entend un pair expliquer comment il a franchi une étape, cela lève bien plus de freins qu’un long discours théorique. »

Coopérer, ce n'est pas seulement partager

La création de RÉSILIAN (Réseau d'Industriels Innovants d'Alsace du Nord) émane d'un besoin exprimé par des PME et des ETI industrielles, qui ont souhaité se réunir et travailler collectivement au renforcement de leur compétitivité, de l'attractivité économique du bassin d'emploi du Nord de l'Alsace et de leurs entreprises. Et depuis 2018, les résultats sont à la hauteur de l’énergie impulsée : 84 entreprises industrielles impliquées, avec un fonctionnement en mode projet. « Nous avons réussi à fédérer plus de 650 personnes (dirigeants, cadres et techniciens) qui se réunissent régulièrement dans des groupes d'échanges et de travail thématiques autour de l'emploi, la formation professionnelle, l'amélioration de la performance de leur site industriel ou encore l'attractivité de leurs métiers », précise Lionel Enderlin, coordinateur du réseau. Les collectivités et établissements publics – Région Grand Est, CCI Alsace Eurométropole, ADEME – sont à l’unisson et jouent un rôle clé dans l’ingénierie de projet, le soutien financier et technique des initiatives. Tous les acteurs de ces réseaux l’assurent. Coopérer, ce n’est pas seulement partager. C’est aussi renforcer la compétitivité d’un territoire.

En chiffre

190 Selon le réseau national des acteurs de l’écologie industrielle et territoriale (synapse), plus de 190 démarches d’EIT sont actuellement recensées en France.

AU CERCLE DES PARTENAIRES, ÇA RÉSEAUTE FORT !

Business, réseautage et surtout convivialité sont au programme du Cercle des Partenaires de la CCI Alsace Eurométropole, qui propose 11 événements par an réunissant à chaque fois plus de 60 personnes. Une mise en relation dans des lieux emblématiques comme le Musée National de l’Automobile à Mulhouse, l’Écomusée d’Alsace à Ungersheim ou encore le stade de la Meinau à Strasbourg. « Nous y participons depuis quatre ans, témoigne Laurent Peyron, chef des ventes chez DYCTAL Bureautique, une entreprise spécialisée dans les systèmes d'impression professionnels, la gestion documentaire, l’archivage et le workflow numérique. Ces rencontres collectives, ce sont avant tout des rapports humains, des rencontres avec d’autres entreprises, des synergies et des projets communs qui peuvent naître de ces échanges. »

Contact : Olivier Epp • 06 33 27 44 90 • o.epp@alsace.cci.fr