Entreprendre au vert

Pari risqué ou vraie opportunité ?

Coût du foncier, avantages fiscaux, mais aussi aspiration à une meilleure qualité de vie au travail : autant de facteurs qui poussent les entreprises à s’installer hors des métropoles. Des choix soutenus par les collectivités qui y voient l’opportunité de maintenir des savoir-faire et des emplois dans les territoires. La réindustrialisation, véritable enjeu national, passe nécessairement par les campagnes.

Publié le 12 mars

Lecture 6 min.

Sous l’effet des politiques publiques, l’attractivité des territoires ruraux s’est renforcée au cours des dernières années (ici Rossmann à La Vancelle).

Sous l’effet des politiques publiques, l’attractivité des territoires ruraux s’est renforcée au cours des dernières années (ici Rossmann à La Vancelle).

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La campagne, nouvel eldorado pour les entreprises ? Dans la bataille de l’attractivité, les territoires ruraux ont une carte à jouer face aux métropoles, en s’appuyant sur leurs propres atouts : un foncier moins coûteux, des surfaces plus grandes, une meilleure qualité de vie pour les équipes ou encore un ancrage dans un territoire moins concurrentiel. Mais si les campagnes sont très en vue, c’est aussi parce qu’elles ont su se mettre à niveau avec des infrastructures numériques et des outils collaboratifs performants. Et surtout un écosystème favorable aux entreprises. Car le sujet numéro un pour toutes les entreprises reste bel et bien le recrutement. Comment attirer, séduire ou même former sur place les collaborateurs dont elles ont besoin afin d’honorer leur carnet de commandes et se développer ? Pour les territoires ruraux, c’est une vraie préoccupation. Les entreprises doivent attirer des compétences et trouver des solutions de mobilité pour leurs collaborateurs.

Les collectivités – communautés de communes, Collectivité européenne d’Alsace, Région Grand Est – assument pleinement leur rôle pour maintenir et développer l’emploi industriel dans les zones rurales. « L’accueil des salariés, leur logement, leur mobilité, la scolarisation des enfants, l’accès aux soins, à la culture, aux loisirs sont des points que nous intégrons dans notre schéma de développement économique, décrit Guillaume Marguet, chargé de développement économique à la Communauté de communes de la Vallée de Munster.

Et pour donner plus de visibilité à notre travail et aux projets du territoire, nous sommes présents dans les réseaux d’entreprises et nous organisons chaque année un forum de l’emploi. Surtout, nous développons une politique économique sur mesure en direction des entreprises, des commerçants et des artisans aux côtés de la Région Grand Est. » C’est le cas, par exemple, de la société Euro TF basée à Munster et positionnée sur un marché de niche : la confection d’une fibre textile spéciale anti-feu et anti-abrasion pour les vêtements professionnels et militaires.

Pacte pour les Ruralités

L’aide régionale de 400 000 euros a permis à Euro TF de moderniser sa ligne de production. Les politiques publiques de revitalisation des territoires ont créé des outils pour accompagner l’implantation et le développement des entreprises. La Région a mis en place le Pacte pour les Ruralités : 100 mesures et 800 millions d’euros pour dynamiser les campagnes. Parmi ces engagements, le dispositif ACCOR (ACcompagnement des COmmerces en Ruralité pour la revitalisation des bourgs), destiné à soutenir la modernisation et la réhabilitation des espaces commerciaux. L’aide peut aller jusqu’à 20 000 euros.

Autre soutien public : le dispositif France Ruralités Revitalisation. Mis en place depuis le 1er juillet 2024, il a pour objectif de renforcer l’attractivité des territoires ruraux. Les entreprises implantées dans les zones France Ruralités Revitalisation peuvent notamment bénéficier d’exonérations sociales, fiscales et patronales. En s’installant dans les campagnes, les entreprises mettent aussi en avant leur marque employeur et leur engagement sociétal comme employeur de proximité, promoteur des circuits courts et acteur de la revitalisation rurale. À Wihr-au-Val, dans la vallée de Munster, la Brasserie Taal a fait ce choix de la ruralité. « C’était important pour nous d’être reconnus comme la brasserie de la vallée et non comme un énième établissement dans une métropole, confie Olivier Eck, créateur de cette brasserie artisanale qui emploie aujourd’hui six personnes et produit 1 000 hectolitres par an.

L’environnement est moins concurrentiel que dans les aires urbaines et la population s’identifie plus facilement à notre projet. Dans le village, il y a eu une formidable adhésion à notre entreprise. Sans compter les terrains et bâtiments moins chers. » Portée par l’écosystème local, la brasserie Taal – titulaire du label Commerçant d’Alsace décerné par la CCI Alsace Eurométropole – est en croissance. Elle veut monter sa capacité à 2 000 hectolitres par an, travailler plus étroitement avec la grande distribution, en particulier le groupe Intermarché, et créer un deuxième point de consommation hors les murs de la brasserie d’ici deux ans, en fonction des opportunités immobilières. Longtemps au ralenti, la stratégie de reconquête industrielle par les territoires et le programme Territoires d’Industrie passent à la vitesse supérieure.

Réhabilitation de friches

C’est alors tout un réseau d’acteurs qui se coordonne pour développer l’emploi, les formations, les services au bénéfice d’entreprises industrielles et commerciales porteuses de projets. Les initiatives sont multiples et vont de la réhabilitation de friches industrielles à la transformation de la fiscalité, en passant par la commande publique. La coopération intercommunalité entreprises est un levier décisif pour faire de l’industrie un projet de territoire.

Le travail des élus locaux, les mises en réseau animées par les équipes de la CCI Alsace Eurométropole, les synergies sont les clés du succès de cette relance industrielle dans les territoires. Cette proximité des acteurs économiques – industriels, sous traitants, clients – est aussi un atout écologique. Le modèle est vertueux car il s’appuie sur les ressources locales pour produire, tout en favorisant le développement du territoire. Face au défi de réindustrialiser le pays, les territoires ruraux et leurs nombreux avantages sont en première ligne. Au contact des entreprises sur le terrain et via la diversité de ses prestations, la CCI Alsace Eurométropole s’inscrit dans ce mouvement. Compte tenu des enjeux de souveraineté et d’attractivité, ce n’est plus une nécessité : c’est une exigence.

En chiffre

30% En France, les territoires ruraux accueillent 30 % des emplois industriels, contre 20 % en moyenne dans le reste de l’Europe.

UN ACTEUR CLÉ : LE COMMERCE

La CCI Alsace Eurométropole participe à la revitalisation des territoires et accompagne notamment les commerces en milieu rural. Parmi ses initiatives, le label Commerçant d’Alsace, symbole d’identité régionale, qui consacre la qualité de l’accueil et du service dans les commerces, valorise les bonnes pratiques et fidélise la clientèle. Un véritable stimulant comme l’atteste Régine Maurer, gérante de la bijouterie Au Filon d’Or à Durmenach, dans le Sundgau. Le commerce fait figure de locomotive économique dans ce village de 800 habitants. Il a triplé sa surface et étendu sa zone de chalandise du Sud Alsace jusqu’à la Suisse. « Ce label est un outil d’amélioration continue qui mobilise notre personnel autour d’un engagement qualité », se félicite Régine Maurer.