Transmission d’entreprise : comment passer le flambeau ?
Avec le départ des dirigeants de la génération des baby-boomers, plus de 700 000 entreprises vont changer de mains dans les dix ans en France. Un défi économique mais aussi de stratégie et de gouvernance des entreprises elles-mêmes. Sans oublier l’enjeu majeur du maintien des emplois et de la vitalité des territoires. Alors, comment réussir la transmission de son entreprise ? Comment reprendre dans de bonnes conditions ? Conseils et témoignages dans ce dossier.
Publié le 14 janv. | Mis à jour le 21 avr. Lecture 5 min.
Accompagner, orienter, conseiller : tout est fait pour rassurer le dirigeant et l'aider à choisir le bon scénario.
―©istockEn Alsace, plus d’un dirigeant sur trois a plus de 60 ans. Et près d’une entreprise sur deux va se retrouver dans une situation de transmission, trois fois plus que durant la décennie précédente. Un bouleversement démographique qui met en lumière un défi majeur : réussir le passage de flambeau pour préserver le tissu entrepreneurial, les emplois et les savoir-faire. Or, faute d’anticipation, nombre d’entre elles risquent la disparition pure et simple. « La transmission d’entreprise est avant tout une étape stratégique pour assurer la pérennité de l’activité, souligne Marie-Paule Gilardoni, responsable du Pôle Cession d’entreprises à la CCI Alsace Eurométropole. Le maître-mot, c’est vraiment l’anticipation. Idéalement, trois ans avant la cession pour éviter des ventes précipitées, des valorisations dégradées ou pire, des fermetures faute de repreneur.
Toutes les entreprises sont concernées, quel que soit leur secteur ou leur taille. Beaucoup tardent à anticiper ce tournant et à formaliser un plan de transmission, ce qui fragilise la continuité de leur activité. » Alors, comment agir ? La première étape consiste à réaliser un diagnostic à 360° de l’entreprise. « Nous remettons un rapport d’expert qui analyse les éléments financiers, la situation commerciale, les moyens de production, reprend Marie-Paule Gilardoni. Nous présentons également une synthèse des actions prioritaires pour corriger les points faibles identifiés et, si nécessaire, mettre le dirigeant en relation avec des experts spécialisés. Notre rôle est d’accompagner le chef d’entreprise dans cette démarche structurante. Et au-delà du diagnostic, nous réalisons une évaluation de l’entreprise et un dossier de présentation. L’objectif de ce travail : rendre l’entreprise attractive pour un repreneur. »
Accompagner, orienter, conseiller : tout est fait pour rassurer le dirigeant et l’aider à choisir le bon scénario, qu’il s’agisse de transmission familiale, de reprise par des salariés - sur le modèle des sociétés coopératives et participatives (SCOP) par exemple - ou de cession à des repreneurs extérieurs.
Nouveau souffle et nouvelles perspectives
« Reste que la majorité des dirigeants optent pour une reprise externe, complète Marie-Paule Gilardoni. Une solution qui peut apporter un nouveau souffle et ouvrir de nouvelles perspectives pour l’entreprise. Nos conseillers experts, forts de leur connaissance du tissu économique et des territoires, proposent un accompagnement structuré. Ils construisent avec le repreneur un projet de reprise d’entreprise et le mettent en contact avec des cédants. Le but est d’établir un profil de reprise cohérent et réaliste. Une partie de cet accompagnement peut être prise en charge dans le cadre du Pacte Transmission-Reprise d’entreprise co-financé par la Région Grand Est et les fonds européens. »
En 2024, plus de 1 300 cédants et repreneurs ont été sensibilisés collectivement et accompagnés individuellement via ce programme. Un chiffre en hausse qui témoigne d’une dynamique forte. Pour Mireille Jautzy, conseillère technique de la CCI Alsace Eurométropole, très investie sur ces questions, l’envie d’entreprendre reste forte sur le territoire. « La conjoncture incertaine ne décourage par les repreneurs. Car au global, la reprise offre deux énormes avantages. D’une part, elle réduit la prise de risques car on connaît la société, ses solutions, ses bilans, ses clients, son écosystème. D’autre part, la marche est moins élevée que pour la création d’une entreprise où tout est à construire. Au final, tout cela permet de reprendre dans des conditions maîtrisées. »
Un levier de réussite : la formation
Parmi les outils déployés par la CCI Alsace Eurométropole figure le réseau TransmiPro. Lancé en juillet 2025, il fédère aujourd’hui les expertises d’une quinzaine de professionnels - notaires, avocats, experts-comptables, banquiers, assureurs, conseillers en patrimoine - tous engagés dans la transmission-reprise d’entreprises. Ce club informel vise à mutualiser les conseils, favoriser les échanges de bonnes pratiques et accompagner les projets de cession. Le Pôle Cession-Transmission de la CCI est activement impliqué dans l’animation du réseau.
Autre levier de réussite de la transmission d’entreprise : la formation. CCI Campus est en première ligne avec des programmes dédiés à la reprise d’entreprise. De l’identification des points clés d’un projet réussi à la gouvernance en passant par la stratégie financière et la conduite du changement, tous les fondamentaux sont abordés. L’École des Managers propose, de son côté, un parcours certifiant pour former les futurs repreneurs d’entreprise.
« Nous assurons une formation et un accompagnement individualisés pour tous ceux qui ont un projet de reprise, décrit sa responsable Céline Jehl. Concrètement, l’objectif est d’aider ces professionnels à entreprendre un projet de transformation, se former au management, piloter l’activité et la stratégie de l’entreprise. Car tous ceux qui reprennent une entreprise ont envie de faire bouger les lignes, de reprendre mais en transformant. » C’est le cas de Vivien Almert. Cet ingénieur en génie industriel a suivi une formation à l’École des Managers. « Pour reprendre une entreprise, il ne suffit pas d’avoir une idée, une passion. L’École des Managers m’a permis de me sentir légitime dans la reprise de l’entreprise Huber Automation à Dettwiller. J’ai appris à développer ma capacité d’autonomie et à structurer mon projet. » Aujourd’hui, Vivien Almert est aux commandes d’une entreprise spécialisée dans la fourniture d’équipements qui optimisent les process dans l’industrie en améliorant notamment l’ergonomie et la technicité des postes de travail. Parmi ses clients : Gaggenau, Merck, Socomec mais aussi des intégrateurs comme Solutech. Après avoir musclé le bureau d’études et le service commercial, il s’est lancé un nouveau challenge : gagner des parts de marché, notamment dans l’industrie pharmaceutique, et accélérer la croissance de l’entreprise. Préparation, formation et mise en perspective d’un projet : autant de leviers décisifs pour réussir le passage de flambeau.
En chiffre
1 million Le site Transentreprise, la bourse d’annonces d’entreprises à céder, a enregistré plus d’un million de visites en 2024. Et chaque année, plus de 6 500 annonces sont diffusées sur le site.
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LES 5 RÈGLES D’OR DE LA TRANSMISSION D’ENTREPRISE
1 • Anticiper et préparer la transmission
2 • Évaluer son entreprise
3 • Identifier le bon repreneur
4 • Préparer la passation
5 • Négocier le protocole d’accord


